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L’ARGOT DE L’IMPRIMEUR…

16 Sep
L’ARGOT DE L’IMPRIMEUR…

Petite expédition dans le vocabulaire des métiers et des ouvriers du livre. Un vocabulaire imagé, parfois fort vert et absolument réjouissant !

Article extrait du site http://artegraf-asso.com


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Pour rédiger ce petit lexique, nous avons utilisé deux ouvrages, l’un datant de 1883 et réédité en 2005, et un autre, beaucoup plus récent, édité en 2004.

– Boutmy (Eugène), Dictionnaire de l’argot des typographes augmenté d’une histoire des typographes au XIXsiècle et d’un choix de coquilles célèbres, Le Mot et le Reste, Marseille, 2005. Vous pouvez le lire gratuitement ici :http://archive.org/details/dictionnairedel02boutgoog

Sinon, à commander à la librairie…

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Alliot (David), Chier dans le cassetin aux apostrophes… et autres trésors du vert langage des enfants de Gutenberg, Editions Horay, Paris, 2004.

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A commander chez votre libraire…

Note : « ty » signifie que le terme appartenait à l’argot des typographes, et « imp » qu’il appartenait à l’argot des imprimeurs

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A.

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Ala, A la, Alla

(imp) Réunion festive (et bien arrosée) sur le marbre entre les ouvriers de l’atelier. Pratique courante des ouvriers typographes, il était mal vu de ne pas y participer. L’ala est aussi le nom d’une chanson à boire de la corporation. Vraisemblablement contraction de « à la santé ».

Cantate « A la… »

Aller en Germanie

(ty) Remanier. Cette expression s’applique à une chose très désagréable pour le compositeur. Quand il a commis un bourdon ou un doublon et qu’il doit remanier un long alinéa, on dit qu’il va en Germanie.
L’ hypothèse émise par Boutmy est la suivante : introduite dans les ateliers peu après la guerre de 1870, cette expression viendrait peut-être des nombreux remaniements que la Prusse venait de faire subir à la carte de l’Allemagne depuis 1866, mais aussi à la carte de France. Boutmy rapporte aussi qu’un vieux typographe lui a fait remarquer que cette expression pourrait être le fruit d’une corruption. Lorsqu’un compositeur s’apercevait d’une erreur qu’il avait commise, il s’écriait
 : « Allons bon ! Il faut que je remanie. » D’où : aller en JE REMANIE, puis en Germanie.

Article 4 (payer son)

(ty) Payer sa bienvenue en entrant dans un atelier. A l’époque où les compositeurs portaient l’épée, chaque imprimerie formait une sorte de confrérie, ou chapelle, régie par un règlement. Ce règlement stipulait le nombre d’exemplaires que les éditeurs et les auteurs devaient laisser à la chapelle. La somme d’argent obtenue par la vente de ces exemplaires était destiné à fêter la Saint Jean Porte-Latine et la Saint Michel. C’est l’article 4 de ce règlement qui déterminait les droits d’entrée dus par les typographes.

B.

______________________________

Balade

(ty) Balade sans but précis que faisaient les ouvriers après un bon ala, dans les guinguettes ou les bistrots mais également dans les gares, où ils prenaient le premier train qui partait. Une fois l’ala consommé, ils revenaient à leur domicile ou à leur atelier. Souvent, après l’ala de la Saint Jean Porte-Latine, de nombreux ouvriers prenaient le train pour des destinations généralement situées en bord de mer où ils terminaient la fête. Cette pratique a perduré jusqu’au milieu des années 1960.

 

Balle

(imp) Tampon en peau de chien ou en cuir qui servait à encrer les formes, remplacé au XVIIIe siècle par le rouleau encreur.

Balle (enfant de la)

(ty) Ouvrier compositeur dont le père était lui-même typographe, et qui, depuis son enfance, a été élevé dans l’imprimerie. L’origine de cette expression, qui est passée dans la langue vulgaire, est assez peu connue. Elle viendrait du fait qu’avant les rouleaux, on utilisait des balles pour encrer les formes.

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Banque

(ty, imp) Paye des ouvriers et, par extension, le livre où était inscrit ce qui était dû au personnel.

Barbe

(ty, imp) Ivresse, « cuite ».

Barbouillage

(imp) Résultat d’une mauvaise impression, due au maculage des feuilles.

Bê ! bê

(ty, imp) Onomatopée, cri d’appel, imitant celui du mouton, que poussaient vers 4 heures de l’après-midi les typographes, les conducteurs et imprimeurs qui avaient soif, et qui invitaient ainsi leurs compagnons à venir les rejoindre.

Bécane

(imp) Surnom familier donné à la presse à bras, à la machine du conducteur et, par extension, à tout ce qui touche au matériel mécanique nécessaire à l’impression.

Bête à cornes

(imp) Surnom donné aux presses à bras, dont les deux piliers pointaient en l’air comme des cornes.

Boche (tête de)

(ty) Tête de bois. Ce terme était spécialement appliqué aux Belges et aux Allemands, parce que, disait-on, ils comprenaient assez difficilement les explications des metteurs en pages à cause de leur connaissance imparfaite de la langue française.

Bouche-trou

(ty) Composition gardée en réserve qui sert à combler un vide en fin de page ou de colonne. Principalement utilisé dans la composition des journaux.

Boueux

(imp) Nom donné aux conducteurs de presse mécanique. Allusion à la graisse qui les maculait souvent.

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Bouquin

(imp) 1. A l’origine, ce terme désignait un livre imprimé en Allemagne ou en Hollande. Le terme viendrait du hollandais boeck (prononcer bouk) ou du vieil allemand buch, ce qui signifie livre dans les deux cas. Un boequin était, sous l’Ancien Régime, un livre imprimé en Hollande, où étaient fabriqués des écrits interdits en France par la censure royale, puis vendus clandestinement la plupart du temps. Objet de mépris pour les ouvriers français, le boequin désignait ces ouvrages imprimés à la va-vite à l’étranger.

Bourdon

(ty) Omission d’un mot, d’un membre de phrase ou d’une phrase. Eugène Boutmy rapporte l’anecdote suivante : « On raconte que la guerre de Russie, en 1812, fut occasionnée par un bourdon. Le rédacteur du Journal de l’Empire, en parlant d’Alexandre et de Napoléon, avait écrit : « L’union des deux empereurs dominera l’Europe. » mais la phrase qui parut fut la suivante : « L’un des deux empereurs dominera l’Europe. » Le tsar ne voulut jamais croire à une faute typographique. »

Bourre (être à la)

(ty) Ouvrier typographe qui était en retard dans son travail et qui « bourrait » les lignes pour terminer au plus vite.

C.

______________________________

Cadratins

(ty) Petits parallélépipèdes de même métal et de même force que les caractères d’imprimerie, mais moins hauts que les lettres de diverses sortes. Ils servent à renfoncer les lignes pour marquer les alinéas et portent sur une de leurs faces un, deux ou trois crans. Les typographes appelaient aussi « cadratin » le chapeau haut de forme désigné dans l’argot parisien sous le nom de « tuyau de poêle ».

Caïd

(ty) Autre nom donné au metteur en pages.

Casse

(ty) Ensemble des deux compartiments qui contiennent les diverses sortes de lettres. La casse se divise en deux parties : le bas de casse qui renferme les lettres minuscules, les cadrats, les cadratins, les signes de ponctuations, etc. et le haut de casse qui renferme les majuscules, les petites capitales, les lettres accentuées, etc.

Cassetin

(ty) Subdivision de la casse : petit compartiment dans lequel on met chaque sorte de lettres ou signes typographiques.

Caviarder

(imp) Recouvrir un passage de texte avec de l’encre noire afin de le rendre illisible. Le terme caviardage concernait les textes noircis par la censure. C’est la censure du tsar Alexandre III qui a été la première à utiliser ce procédé, d’où la référence à la couleur du caviar.

Cheveux (avoir mal aux)

(ty) Avoir un mal de tête occasionné par des excès bachiques faits la veille, notamment lors d’un ala.

Chier dans le cassetin aux apostrophes

(ty) Expression par laquelle l’ouvrier typographe signifiait qu’il voulait quitter l’atelier, généralement à la suite d’une colère (un cassetin aux apostrophes mesure environ 3 cm sur 2…).

Cocher ou conducteur

(imp) Désignait, au XIXe siècle, le conducteur d’une presse à imprimer mécanique. Il se tenait derrière la machine et supervisait du regard si l’impression se faisait dans de bonnes conditions. Il était responsable de sa machine, du travail effectué et des ouvriers autour de la machine. Ce terme viendrait du bruit de la machine qui rappelait le martèlement des sabots et le crissement des roues.

Compagnon

(ty) Camarade de rang. Dans les ateliers, les rangs sont disposés pour deux compositeurs ; chacun des deux est le compagnon de l’autre.

Coquilles

(ty) Lettres mises pour d’autres, par manque d’attention.

Cuite

(ty) Ivresse complète. Chauffer le four, c’est boire beaucoup, s’enivrer. La cuite serait le résultat du four chauffé et surchauffé.

D.

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Débaucher

(ty) Congédier, renvoyer.

E.

______________________________

Epreuves

(imp) Premier tirage d’un texte avant son impression définitive.

Etoffes

(imp) 1. Différence entre le prix de revient d’un livre et son prix de vente au client. 2. Marge que se réserve l’imprimeur sur le papier, le carton et les fournitures diverses que l’éditeur lui a demandé d’acheter pour son compte. 3. Pour Balzac, frais généraux.

Etouffer un perroquet

(ty) Boire un verre d’absinthe (rappel de la couleur verte de cette boisson).

GFFDD

Être mal vissé

(imp) Être de mauvaise humeur. On parle d’ « ours mal vissé » pour le patron ou un ouvrier pressier.

F.

______________________________

Faire des heures en bois

(ty) Faire des heures non rétribuées.

Faire gémir les presses

(imp) 1. Imprimer un livre. 2 Imprimer les feuilles. 3. Pour Balzac, c’était faire parler de soi à l’occasion de la sortie d’un livre. Cette expression est certainement issue des craquements que faisaient les premières presses à bras.

Foulage

(imp) Relief produit sur le verso de la feuille, par un excès de pression lors de l’impression typographique.

G.

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Gober

(ty) Avoir de la sympathie pour. Se gober, être infatué de sa personne.

Goudronneuse

(imp) Nom péjoratif donné aux premières machines offset qui imprimaient très mal.

Gouverneur de presse

(imp) Nom primitif donné aux conducteurs des presses à bras.

Guitare (avoir une sauterelle dans la)

(ty) Avoir le cerveau un peu dérangé.

IMP

H.

_____________________________

Hanneton

(ty) Idée fixe et quelquefois saugrenue. Avoir un hanneton dans le plafond ou avoir une sauterelle dans la guitare ou avoir une araignée dans la coloquinte : avoir le cerveau un peu dérangé.

Hommes du barreau

(imp) Surnom que se donnaient les imprimeurs. Du terme « barreau », pièce de bois qui servait à faire descendre la presse.

I.

____________________________

Imprimer en blanc

(imp) Imprimer avec une machine en blanc, c’est-à-dire d’un seul côté (le recto) à la fois.

Index

(imp) Désignait des imprimeries dans lesquelles la Chambre syndicale de typographie interdisait d’aller travailler car elles ne respectaient pas les règles de travail de l’époque.

Italique

(ty) Penché, tordu. Il a les jambes italiques : il est bancal. Vient du caractère dit italique.

L.

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Lapin (manger un lapin)

(ty) Aller à l’enterrement d’un camarade. Après la cérémonie, on se réunissait dans un restaurant proche du cimetière pour y manger un lapin.

Loup

(ty, imp) Créancier, et aussi la dette elle-même.

M.

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Machines en blanc

(imp) Machine ne possédant qu’un cylindre et un marbre et qui n’imprime la feuille que d’un seul côté au contraire d’une machine à retiration qui imprime le recto et verso en un seul passage.

Margeur

(imp) Ouvrier qui préparait et présentait les feuilles de papier aux pinces des machines à imprimer mécaniques. Le terme de « margeur à nappe » désignait le même travail mais réalisé avec plus d’attention pour des machines plus lentes.

Michaud (faire un)

(ty) Faire un somme.

Mise-bas

(ty) Grève, arrêt de travail.

Mise en train

(imp) Au sens initial, « l’impression est aux mains de l’imprimeur ». L’impression de pages était lancée.

O.

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Œil de la lettre

(ty) Partie supérieure imprimante du caractère en plomb qui reçoit l’encre au moment de l’impression. La surface d’impression d’une feuille de papier est appelée plan d’œil.

Ours

(ty, imp) Imprimeur ou pressier. « Ce Séchard était un ancien compagnon pressier que, dans leur argot typographique, les ouvriers chargés d’assembler les lettres appellent un ours. » (Balzac).

Ours (visser un)

(imp) Arrêter les machines à imprimer pour bavarder, boire un coup.

P.

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Paquet

(ty, imp) Composition brute, sans mise en page.

Paroisse (ne pas être de la)

(imp) Se dit d’une lettre égarée dans une casse d’une autre famille.

Piger la vignette (ty)

Regarder avec complaisance quelqu’un ou quelque chose de divertissant.

Poivreau

(ty) Ivrogne. Ce mot tire son origine du poivre que certains pourvoyeurs de liquides mêlaient à l’eau-de-vie qu’ils vendaient, obtenant ainsi un breuvage particulièrement fort.

Polygone de sustentation

(ty) Périphrase inventée par les ouvriers pour désigner le verre dans lequel ils buvaient. Avoir un problème avec son polygone de sustentation, c’était avoir une barbe.

Prote

(ty, imp) Chef de l’atelier.

R.

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Renauder(ty) Murmurer, grommeler. Synonyme de gourgousser.

Retiration

(ty) Verso de la feuille à imprimer, quand on tire en blanc.

Retiration (être en)

(imp) Atteindre la cinquantaine, ou avoir dépassé le milieu de la journée. La retiration : impression du verso après impression du recto. Le recto symbolisait les 50 premières années de la vie et le verso, les 50 suivantes.

S.

______________________________

Sac (avoir le) ou être saqué

(ty) Avoir de l’argent, être riche.

Saint Jean Porte-Latine

(ty) Fête des typographes (le 6 mai).

Sarrasin ou sarrazin

(ty, imp) Ouvrier non syndiqué, donc infidèle à la tradition de syndicalisme et de corporatisme des « gens du livre ». Pouvait aussi désigner un ouvrier travaillant pendant les grèves ou dans les ateliers mis à l’index.

Singe

(ty) Ouvrier typographe. Ce mot a été par la suite remplacé par le mot typo. Il vient des mouvements que fait le typographe en travaillant, mouvements qui rappellent ceux d’un singe.

Sorte

(ty) Quantité quelconque d’une même espèce de lettres. Au figuré : conte, plaisanterie.

T.

______________________________

Tirage

(ty) Action de tirer, d’imprimer.

Tirer

(ty) Mettre sous presse, imprimer

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V.

______________________________

Vélo

(imp) Surnom affectif que donnait un conducteur à sa machine à imprimer.

Virtutem, mente, coronat

(imp) Devise des métiers de l’imprimerie que l’on retrouvait sur ses armes signifiant « Intelligence, probité, travail ».

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