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LA CRITIQUE LITTERAIRE S’INSTALLE SUR YOUTUBE…

24 Août
LA CRITIQUE LITTERAIRE S’INSTALLE SUR YOUTUBE…

Contrairement à ce que certains ont clamé haut et fort, Internet n’a nullement nui à la lecture. Les amoureux des livres se multiplient comme des petits pains jour après jour. On ne compte plus les forums et les sites consacrés à la lecture et à l’écriture. Il y en a des millions. Et ce sont des millions d’internautes qui partagent leur passion des livres par le biais de sites qui offrent gratuitement de la lecture  (à lire à l’écran ou à télécharger) et jamais autant d’auteurs amateurs n’ont écrit et surtout partagé leur travail. Et ces sites, généralement de bonne tenue,  peuplés de gens souvent talentueux, ne sont pas hantés que par de caricaturaux vieux rats de bibliothèques élitistes et scrofuleux. Loin de là. Toutes les générations sont représentées et le nombre de très jeunes lecteurs et apprentis écrivains qu’on y rencontre est réjouissant.

Voici, par la biais d’un article, paru il y a deux jours, le récit d’un phénomène  qui prend racine depuis quelques temps : la video-critique. Contrairement aux critiques professionnels et institutionalisés, ces lecteurs n’ont rien à vendre. Ils partagent seulement, en toute sincérité, leurs coups de coeur littéraires…ou pas…

Ci-dessous un copié/collé d’un article paru dans le Courrier International;

Booktubers : la nouvelle génération de critiques littéraires

Ces adolescents argentins mettent en scène leurs critiques de livres sur YouTube et font le bonheur des éditeurs.
Capture d'écran d'une critique de la booktubeuse Macarena Yannelli.
Capture d’écran d’une critique de la booktubeuse Macarena Yannelli.

Cette histoire commence à 75 kilomètres de Buenos Aires, dans la ville de Campana. La soirée est bien avancée : toutes les maisons sont plongées dans l’obscurité, sauf une, où de la lumière filtre à la fenêtre de la chambre de Matías Gómez. C’est son moment préféré, celui qu’il attend toute la journée : enregistrer, seul face à sa caméra, des videorreseñas littéraires [littéralement, « vidéocritiques »] qu’il postera quelques heures plus tard sur sa chaîne YouTube. Peu importent les nuits blanches : il adore ce rôle de critique, et il sait que, quelques secondes après la mise en ligne, il verra apparaître les commentaires tant espérés – sa récompense.

« Qui sont les booktubers ? Nous sommes des ados, et nous avons décidé de prendre une caméra et de nous enregistrer, seuls. Mais avec un souhait, au fond, qui est d’ouvrir le dialogue avec des gens de notre âge qui aiment lire », nous explique Matías, 17 ans. Beaucoup voient en lui le pionnier argentin de ce phénomène qui marche déjà très fort au Mexique et en Espagne. Même si les booktubers sont encore peu nombreux en Argentine, leurs vidéos se propagent en mode viral au sein de leur tranche d’âge. Et s’ils disent vouloir seulement parler littérature, les maisons d’édition voient déjà en eux des prescripteurs et des recruteurs de nouveaux lecteurs. « Ils font une sacrée différence », assure-t-on chez Penguin Random House, grand groupe éditorial à l’affût de nouvelles voix.

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« J’ai commencé il y a deux ans, en publiant des critiques sur mon blog Cenizas de Papel [cendres de papier]. Puis je me suis lassé, et j’ai commencé à suivre des booktubers étrangers. Je me suis rendu compte qu’ici, en Argentine, personne ne faisait ça, et j’ai eu envie de me lancer. Dans un premier temps, j’ai posté mes vidéos sur mon blog, dans une nouvelle section dédiée, et ce n’est qu’ensuite que j’ai créé ma chaîne YouTube. Ce n’est pas seulement parce que j’ai envie de recommander des livres, mais surtout parce que j’adore ce type d’interactions », raconte Matías.

Macarena Yannelli, 20 ans, étudiante en philosophie à l’université de Buenos Aires, est une autre actrice du phénomène BookTube. « Je suis blogueuse et booktubeuse, dit-elle pour se présenter. Je m’y suis mise parce que j’avais besoin de partager ma passion pour la lecture. Savoir que d’autres ont autant aimé un livre que moi, pouvoir échanger avec eux… »

Matías et Macarena se connaissent, ils sont même amis. Selon le booktuber de Campana, l’étudiante en philo « détient en Argentine le record d’abonnés sur sa chaîne YouTube, avec plus de 2 000. Mais en Espagne, certains en ont entre 20 000 et 50 000. » Les deux jeunes Argentins ont beaucoup de points communs, mais celui qui nous frappe, c’est une même timidité lorsqu’il s’agit de montrer leur travail à leur famille. Ils s’adressent par caméra interposée au monde entier, mais attendent d’être seuls pour faire leurs tournages. « Les vidéos, j’en ai parlé comme ça, vite fait, à mes parents, sans trop insister. Au début ils ont trouvé ça bizarre, et ensuite ils ont compris », raconte Macarena.

Au-delà de cet amour commun pour la lecture, les booktubers ont un don : celui de raconter en dix minutes leur expérience du dernier livre lu, sur un ton amusant et dynamique. Résultat : un genre plus proche du sketch que de la critique en bonne et due forme. Tout dans leur travail trahit leur condition de « natifs de l’ère numérique » : leurs vidéos sont parfaitement montées et mises en musique, et d’un dynamisme époustouflant. Dans ces clips transparaît par ailleurs l’éternel besoin adolescent, celui de partager ce qu’ils vivent, ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ressentent, pour simplement sentir qu’ils ne sont pas seuls et que d’autres les comprennent.

Article de Cintia Perazo, paru dans La Nacion, le 22 Août 2014.

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