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Archives de Catégorie: Tolkien

TERRY PRATCHETT : DESTRUCTION DE SES OUVRAGES INéDITS…

TERRY PRATCHETT : DESTRUCTION DE SES OUVRAGES INéDITS…

Conformément à la volonté de Sir Terry Pratchett (disparu en 2015), ses ouvrages inachevés et/ou non publiés ont été détruits. Un disque dur contenant une dizaine de romans a été écrasé par un rouleau compresseur à vapeur datant du XIXe siècle surnommé Lord Jericho. L’événement s’est déroulé vendredi dernier en Angleterre lors de l’ouverture de la Great Dorset Steam Fair et a été supervisé par Rob Wilkins, ami et biographe de Sir Terry, qui gère l’héritage artistique de l’écrivain.

C’était de voeu de Pratchett  de voir effacer « «tout ce sur quoi il travaillait à sa mort en retirant les données de son ordinateur et de les placer dans un disque dur pour qu’il soit écrasé par un rouleau compresseur à vapeur».

Rob Wilkins et Lord Jericho

Rob Wilkins a précisé que le disque écrasé serait exposé au musée de Salisbury qui consacre une exposition à l’écrivain en Septembre prochain

«Je sais que Terry travaillait sur dix histoires qui n’ont jamais été publiées», a précisé  Richard Henry, le conservateur de l’exposition consacrée à l’écrivain au Salisbury Museum. «Mais j’ignore ce qu’il y avait dans le disque dur. En tant que fan, j’aime bien l’idée qu’un mystère subsiste», a-t-il ajouté, laissant entendre que ces travaux inédits auraient pu être conservés ailleurs.

Traduit en 35 langues, Pratchett est l’un des meilleurs auteurs de la seconde moitié du XXe et du début du XXIe siècle. La Saga du Disque-Monde est une oeuvre incontournable à placer dans toute bibliothèque qui se respecte. Les ouvrages hors saga sont aussi à lire sans réserve. Si vous recherchez des ouvrages intelligents, drôles, féroces, particulièrement bien écrits, explorant les méandres des comportements humains (ou pas humains),  et du fonctionnement de nos sociétés, le tout saupoudré de poésie et de magie, n’hésitez pas à pousser la porte du jardin de Terry Pratchett à la rencontre d’un monde et de personnages inoubliables. C’est pour cela que nous allons tous rêver de ces romans disparus….

S’il est toujours préférable de lire un ouvrage dans sa langue originelle, Pratchett se lit très bien en français en raison de la plus qu’excellente traduction de P. Couton.

Vous trouverez facilement toutes les informations concernant T. Pratchett sur le web : biographie, bibliographie, films, pièces de théâtre ou radiophoniques tirés des romans, produits dérivés, dates des événements liés à la saga Discworld, etc, ainsi que de passionnants forums ou sites de fans.

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ALAN RICKMAN…

ALAN RICKMAN…

 

Alan Rickman –  et son regard et sa voix inoubliable, sa présence et son jeu parfait  –  nous a quitté le 14 janvier… Il était une personne unique, rare. Son humour, son intelligence, sa gentillesse seront irremplaçables. C’était un artiste intransigeant, un scénariste, un réalisateur, un directeur d’acteurs plein de finesse…

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Né en 1946, Alan Rickman  sera premièrement graphiste designer avant de choisir  le métier d’acteur à  26 ans. Alors qu’il est déjà une valeur sûre du théâtre (classique et moderne) et de la télévision au Royaume-Uni, ce n’est qu’en 1988, avec le rôle d’Hans Grüber dans Piège de Cristal qu’il débute  au cinéma et prend de suite sa place dans le coeur du public.

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Alan Rickman avait épousé sa compagne Rima Horton il y a peu, à New York. La cérémonie officielle fut juste suivie d’une promenade sur le pont de Brooklyn et d’un repas. Alan et Rima s’était rencontré en 1965.

Son rôle de Severus Snape dans la saga Harry Potter ( de 2001 à 2010) séduit les spectareurs de tous âges et lui apporte une reconnaissance mondiale.

Il participe aux clips du groupe Texas.

C’est aussi Alan Rickman qui énumére les instruments à la fin de  Tubullar Bells II, de Mike Oldfield (1992).

La plupart des spectateurs (et surtout des spectatrices) ne se sont toujours pas remis(ses) de  sa prestation sur scène, en 1985, dans le rôle du vicomte de Valmont des  Liaisons dangereuses (de Choderlos de Laclos, mise en scène de  Howard Davies pour la Royal Shakespeare Company. Pièce reprise ensuite à Broadway).

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Lindsay Duncan nd Alan Rickman in the RSC production of Les Liaisons Dangereuses. Photograph: Douglas H Jeffery

Alan Rickman nous laisse un travail est trop important pour être détaillé dans ce tout petit hommage. Vous trouverez plus de précisions ici : http://www.imdb.com/name/nm0000614/

ici : https://en.wikipedia.org/wiki/Alan_Rickman

ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alan_Rickman

Pour mémoire, ici ses principales prestations: https://fr.cinema.yahoo.com/post/137341080938/hommage-à-alan-rickman-ses-plus-grands-rôles/photo-pi-ge-de-cristal-1988-1452859021962.html

Alan Rickman : une vox… ci-dessous un très beau monologue,  passage culte du film Dark Harbor (dont la fin fit scandale à l’époque)…

Shakespeare, sonnet 130.

Rickman lit Proust.

Sur la magnifique scène du Globe, à Londres, The long Day for peace Day, de Laurie Lee.

Vous trouverez des centaines de vidéos sur Youtube, et sur d’autres plateformes, consacrées à Alan Rickman, ainsi que des films présentés en plusieurs parties.

Quelques-uns des personnages qu’il a interprétés…

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Perfume

 

 

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Sweeney Todd

 

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Montage à partir d’extraits de films (merci à Shauna Hendrix) qui devrait vous donner envie d’explorer sa filmographie.

 

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UNE NOUVELLE TRADUCTION DU SEIGNEUR DES ANNEAUX…

Le “Seigneur des Anneaux” de Tolkien se rhabille de mots neufs,

par Sophie Bourdais.

Copié/collé d’un article paru dans Télérama. Publié le 23 Février 2015.

Couverture illustrée par Alan Lee de la nouvelle traduction française du roman de J.R.R. Tolkien (à droite, en 1967), Le Seigneur des Anneaux.

Elle procure des émotions proches du texte anglais, en respecte au plus près l’univers et les qualités stylistiques… Vincent Ferré, connu pour ses travaux sur l’œuvre de Tolkien, commente la nouvelle traduction du “Seigneur des Anneaux”.

Après Le Hobbit en 2012, c’est au tour du Seigneur des Anneaux de se rhabiller de mots neufs, grâce à la nouvelle traduction proposée par le Québécois Daniel Lauzon. Les éditions Bourgois ont fait paraître le premier tome cet automne, le deuxième est attendu en 2015, et le troisième et dernier pour 2016. Comme nous l’écrivions dans Télérama mi-janvier, la lecture du premier tome retraduit procure un grand plaisir littéraire : le texte coule comme le Grand Fleuve de Lothlórien, les musiques des dialogues et des poèmes sont finement rendues, et l’on s’habitue vite aux nouveaux noms des personnages et des lieux, choisis selon les directives de l’auteur. Entretien avec Vincent Ferré, professeur de littérature générale et comparée à l’Université Paris Est Créteil, traducteur de Tolkien et directeur de la collection « Le Seigneur des Anneaux » aux éditions Bourgois.

Pourquoi retraduire le Seigneur des Anneaux, et pourquoi maintenant ?
C’est un projet assez ancien. J.R.R. Tolkien est publié par la maison Bourgois depuis 1972. Christian et Dominique Bourgois ont toujours cherché à publier l’intégralité de l’œuvre, en fonction de ce qui était édité du côté anglais par Christopher Tolkien (troisième fils de J.R.R. Tolkien, ndrl), tout en essayant d’améliorer l’existant.

Le Seigneur des Anneaux n’est qu’un exemple des 15 livres de Tolkien qui ont été publiés depuis 2002. En l’occurence, c’est parti du Hobbit. Dominique Bourgois a su qu’il y avait une édition annotée, qui comporte de nombreuses illustrations, des documents, ainsi qu’une introduction factuelle et biographique. Elle a souhaité la publier, et en a profité pour demander une nouvelle traduction à Daniel Lauzon.

Il était également intéressant de prendre en compte notre meilleure connaissance de l’auteur. En 1972, Le Seigneur des Anneaux était une île isolée au milieu de la mer. On a dû attendre cinq ans avant que Christopher Tolkien fasse paraître Le Silmarillion, cinq ans avant de comprendre que toutes les histoires qui constituent l’arrière-plan du Seigneur des Anneaux n’étaient pas un trompe-l’œil, mais des histoires que Tolkien avait réellement écrites.

Toutes les parutions qui ont suivi, en anglais puis en français, ont jeté une lumière différente sur ce qu’était Le Seigneur des Anneaux. Par ailleurs, les appendices n’ont été traduits qu’en 1986, par Tina Jolas. Et l’on sait qu’il y a des décalages avec le texte du roman traduit par Francis Ledoux. Il y en avait déjà entre Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux, où les personnages ne portent pas les mêmes noms. Dominique Bourgois a voulu redonner, en français, la cohérence que les textes ont en anglais, en faisant appel au même traducteur pour Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux.

Enfin, on arrivait en 2014 au soixantième anniversaire de la première publication du Seigneur des Anneaux côté anglais. Pour le célébrer, HarperCollins a publié une nouvelle édition avec un texte débarrassé d’un certain nombre de coquilles, illustré par Alan Lee avec des illustrations re-scannées. C’était le bon moment pour une nouvelle édition française.

De quoi disposait exactement Francis Ledoux quand il a traduit Le Seigneur des anneaux ? A-t-il pu travailler sur d’autres documents que le texte anglais du roman ?
A notre connaissance, non. Francis Ledoux est quelqu’un d’important, il a traduit Charles Dickens, Horace Walpole, Tennesse Williams… Il a traduit Le Hobbit pour les éditions Stock, en 1969, alors que, manifestement, ça n’était pas son univers. Le Hobbit est un récit très léger, imaginé par Tolkien pour ses enfants, et qui ne respecte même pas les principes qu’il a formulés par la suite à propos des contes de fées.

Avec le recul, je pense que Francis Ledoux se plaçait peut-être, dès 1969, dans une logique de légitimation de l’œuvre de Tolkien. On le voit par le choix du vouvoiement systématique, de l’imparfait du subjonctif, qui donnent une sorte de littérarité au texte, et tranchent avec la diversité des registres que l’on observe en anglais entre Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux.

J’ai beaucoup d’admiration pour le travail de Francis Ledoux, qui n’avait pas d’accès à l’arrière-plan du roman, et n’a pas eu connaissance, ou n’a pas tenu compte, du Guide des noms du Seigneur des Anneaux, proposé par Tolkien à l’intention des traducteurs. Tolkien lisait un nombre important de langues vivantes, en plus de toutes les langues anciennes qu’il connaissait, et il était lui-même traducteur du vieil anglais vers l’anglais moderne. Dans ce guide, il précise que des noms tels que Bilbo, Saruman, Frodo, doivent être conservés tels quels, et il explique l’origine de certains noms propres, le jeu avec l’étymologie, la manière dont le traducteur peut rendre l’effet produit sur le lecteur anglais…

Quand j’ai commencé, dans les années 2000, à réfléchir avec Daniel Lauzon aux modifications qu’il aurait été souhaitable d’apporter au texte français – on ne savait pas alors si ça allait être une simple « révision » ou une retraduction –,  on a d’abord cherché comment on pourrait suivre, en français, les indications de Tolkien, qui a fait beaucoup de propositions pour les langues germaniques, nordiques, et moins pour les langues romanes. Et quand Daniel Lauzon a été engagé par les éditions Bourgois pour publier des textes inédits de l’Histoire de la Terre du Milieu, on a réfléchi aux liens et aux échos stylistiques entre les textes plus anciens, comme les Lais du Beleriand, et Le Seigneur des Anneaux.

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Bande-annonce de la version cinématographique du Seigneur des anneaux par de Peter Jackson.

Savez-vous pourquoi Francis Ledoux a été choisi pour traduire Tolkien ?
Je ne sais pas pourquoi c’est lui qui a traduit Le Hobbit en 1969, mais Christian Bourgois s’est tourné naturellement vers lui pour traduire le Seigneur des Anneaux.

Et qu’est-ce qui a déterminé le choix de Daniel Lauzon ?
Une grande partie de mon travail pour les éditions Bourgois depuis 2002, d’abord comme conseiller puis comme directeur de collection, a été de trouver des traducteurs ayant le profil adéquat pour traduire les textes de Tolkien. Deux profils ont émergé. Le premier est celui de Christine Laferrière, professeure d’anglais en région parisienne, qui a une formation très forte en linguistique, et un goût très prononcé pour les langues, qui s’est manifesté lorsqu’elle a traduit Les Monstres et les Critiques, le recueil d’essais sur la littérature et la littérature médiévale écrits par Tolkien au cours de sa carrière.

Daniel Lauzon, lui, a surgi lors de discussions sur des sites francophones autour de Tolkien. En France, l’affirmation de Tolkien comme un écrivain « classique » est associée à la diffusion d’Internet à la fin des années 90. A ce moment sont apparus des sites en français consacrés à son œuvre, comme jrrvf.com, tolkiendil.com, elbakin.net, toujours actifs. Daniel Lauzon y a montré très vite une connaissance et une compréhension stylistique de l’œuvre absolument exceptionnelles.

Il terminait ses études comme traducteur à Montréal. Nous avons commencé à travailler sur ce qui n’était au début qu’une réflexion autour de la traduction française du Seigneur des Anneaux. Puis les éditions Bourgois lui ont confié une partie du volume 3 de l’Histoire de la Terre du Milieu, les Lais du Beleriand, et son travail a été tellement concluant qu’on lui a confié les volumes 4 et 5. Il s’est imposé comme le traducteur connaissant le mieux la fiction de Tolkien liée à la Terre du Milieu.

Une carte de la Terre du milieu.

Quelles sont, selon vous, les principales qualités de la nouvelle traduction ?
Je vais essayer d’être aussi objectif que possible ! Pour moi, c’est sa qualité stylistique, sa fluidité, la recherche d’une traduction au plus près de l’anglais et des variations de styles et de registres, aussi bien dans la narration que dans les dialogues. Tolkien a fait très attention à la manière de parler de chaque personnage, pour les caractériser. Sam ne parle pas comme Frodo, ni comme Gandalf, et Daniel Lauzon a essayé de rendre ces particularités. Il a également le souci des nuances dans les descriptions, les ambiances et les atmosphères.

Je n’avais pas été aussi sensible, dans la traduction de Francis Ledoux, au chapitre qui se déroule en Lórien chez Galadriel. Là, j’ai retrouvé des émotions proches de celles que véhicule le texte anglais. Enfin, il y a une cinquantaine de poèmes et de chansons dans le Seigneur des anneaux, et Daniel Lauzon nous fait entendre, en essayant de suivre un certain nombre de contraintes poétiques et prosodiques, ce qu’on a souvent oublié : que Tolkien a d’abord été poète. Il a commencé à écrire des poèmes en 1910-1911, il a même proposé en 1916 un volume poétique à un éditeur, qui ne l’a pas retenu. Certains poèmes sont ensuite passés dans le Seigneur des Anneaux. Dans la nouvelle traduction, on entend vraiment la manière dont chaque poème caractérise les personnages et les peuples. La Chanson du bain des Hobbits n’est pas la même chose que le chant de déploration des Rohirrim !

Après, c’est le lecteur qui choisit. Les réactions ont été bonnes, voire très bonnes de la part de lecteurs qui disent avoir l’impression d’être dans un lieu familier, mais d’y voyager un peu autrement. Sur les noms, il y a des discussions, notamment avec des lecteurs très anciens de Tolkien qui s’étaient fait leur idée ; on essaie d’expliquer la démarche de Daniel Lauzon, la manière dont il a suivi les indications de Tolkien. Et de faire comprendre qu’une traduction n’est qu’une proposition, une manière d’approcher le texte anglais.

On trouve effectivement de vives discussions sur Internet au sujet de la transformation de la forêt de Mirkwood, ex-Forêt Noire chez Francis Ledoux, qui devient la Forêt de Grand’Peur
C’est un bon exemple des choix faits par Daniel Lauzon pour éviter de « sortir » de l’univers tolkienien. Francis Ledoux n’avait pas connaissance de l’importance extrême accordée par Tolkien à la cohérence de son monde. Dans la traduction de 1972, on trouve des expressions qui nous font quitter la Terre du Milieu, des références à la « file indienne », à « un cousin à la mode de Bretagne », ou encore à Dieu. Ce sont des moments où le lecteur est renvoyé à sa réalité, alors que l’auteur souhaitait que pendant un certain temps, on suspende un peu notre incrédulité, et qu’on s’immerge dans la fiction.

Daniel Lauzon a donc évité de reprendre « Forêt Noire » parce que, dans le meilleur des cas, l’expression rappelle une zone géographique en Allemagne, et, dans le pire des cas, un dessert ! C’est le nom sur lequel il y a eu le plus de discussions. Mais c’est aussi la liberté du traducteur. Le document sur les noms propres qui nous a servi de base pour les discussions fait 40 pages, et on a discuté chaque nom avec des spécialistes francophones et anglophones des langues chez Tolkien, pour donner un maximum d’éléments d’information et d’érudition à Daniel Lauzon. C’est lui qui arbitrait et trouvait l’équilibre.

La nouvelle édition répare-t-elle des contresens ?
Les contresens de la traduction de 1972 sont le plus souvent liés au fait que Francis Ledoux n’avait pas tous les éléments qui lui auraient permis de trancher. L’exemple le plus célèbre demeure, dans le prologue, la référence à la « mort » d’Elrond et de Galadriel. Francis Ledoux avait affaire au terme departure, qui, à d’autres moments, signifie effectivement « mort », comme dans le cas de Boromir. Sauf que le Silmarillion, cinq années après la publication en français du Seigneur des Anneaux, nous a appris que les Elfes sont immortels… C’est le genre de chose qu’on a pu revoir.

La traduction de Ledoux est très belle, ses descriptions de paysages en particulier, mais il y a des éléments qu’il n’aurait sans doute pas retenu s’il avait eu une connaissance plus précise du monde de Tolkien. On progresse, on avance. J’ai eu le plaisir de rencontrer André Markowicz dès les années 90, quand il retraduisait Dostoïevski ; pour lui, les traductions sont marquées par le temps, et de temps à autre il faut reproposer des traductions. C’est quelque chose qui est resté imprimé dans ma mémoire. Plus de 40 ans après la première traduction du Seigneur des Anneaux, il était temps d’en proposer une autre.

Est-il question de rafraîchir aussi Le Silmarillion ?
Dans l’absolu, les données sont pratiquement les mêmes, Le Silmarillion a été publié en 1978 en français, on dispose d’une masse de connaissances nouvelles ; ce texte a été le plus difficile à traduire, donc peut-être qu’à terme ce sera envisageable. Mais je n’ai jamais posé la question à Dominique Bourgois, parce qu’on a déjà une liste tellement importante de choses à éditer !

Dominique Bourgois a notamment fait traduire la biographie de John Garth, Tolkien et la grande guerre (sortie en mars 2014, ndrl), pour réinscrire Tolkien dans le XXe siècle. Les dernières pages sur l’articulation entre la Première Guerre mondiale et la naissance des textes légendaires et mythologiques de Tolkien sont passionnantes. Et c’est aussi une manière de proposer un autre regard que celui d’Humphrey Carpenter dans sa biographie des années 70, la plus connue, qui est intéressante mais présente le personnage comme quelqu’un qui aurait eu une vie un peu monotone.

Alors que, pour moi, J.R.R. Tolkien évoque Umberto Eco. Quelqu’un qui est à la fois un puits de science, qui marque profondément sa discipline, et dont une partie du savoir passe dans la fiction, la création ; et aussi un homme extrêmement charismatique, président de nombreuses associations pendant ses études, capable d’arriver avec un conte au lieu d’une conférence quand on l’invitait à venir prononcer une communication…

Que diriez-vous à quelqu’un qui n’a vu que les adaptations filmées de Peter Jackson, qu’il aura appréciées ou pas, pour l’inciter à découvrir les livres ?
Je voudrais d’abord souligner la diversité du lectorat de Tolkien. Une des choses que j’ai préférées, ces dix dernières années, a été de rencontrer les lecteurs – une cinquantaine de fois. A chaque fois, je suis surpris du décalage entre le lectorat qui se manifeste sur Internet et les réseaux sociaux, plutôt jeune, de 15 à 25 ans, et ce lectorat silencieux avec l’on discute aussi dans les médiathèques ou au Salon du livre, et qui a entre 40 et 90 ans. Certains sont lecteurs de Tolkien depuis des années, d’autres y sont amenés par leurs enfants ou leur petits-enfants, et chacun a « son » Tolkien, sa vision, son texte préféré… Certains lecteurs aiment en particulier ses lettres, et ne lisent rien d’autre !

A quelqu’un qui n’aurait vu que les films, je dirais déjà que l’œuvre de Tolkien ne s’arrête pas au Seigneur des Anneaux et au Hobbit, et je lui conseillerai d’aller en bibliothèque ou en librairie pour constater la diversité des textes disponibles, les feuilleter, et voir ce qui peut lui convenir le mieux. Les Enfants de Húrin, parus en France en 2008, ont été un succès considérable, notamment parce que des lecteurs qui n’avaient jamais ouvert Tolkien ont lu plus facilement un roman de 200 pages, extrêmement épuré et condensé, que le long et sinueux Seigneur des Anneaux. De lui-même, ce spectateur des films se rendra compte que les films n’étaient qu’une transposition, qu’une mise en images. En France, je crois que tout le monde a bien saisi l’écart important entre les films et le texte-source.

 

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TOLKIEN ET LA MAISON DE BILBO…

TOLKIEN ET LA MAISON DE BILBO…

Passer le week-end chez Bilbo est l’un de vos rêves ? Cela est désormais possible.  Une confortable maison de Hobbits construite sur le Domaine de la Pierre Ronde ( 25 hectares de nature), près de Dijon, dans le Morvan, vous accueille :  domainedelapierreronde.com 

Un séjour qui devrait s’inscrire au programme des réjouissances  pour les grands fans de la trilogie du Seigneur des Anneaux et de l’ouvrage consacré à Bilbo le Hobbit. Une fois à l’intérieur, vous pourrez imaginer que vous avez trouvé une porte magique pour entrer dans le livre ou dans le film…ou les deux…

 

(Au passage vous découvrirez un site kitchissime tout droit venu des années 90  et la musique vous…. étonnera !  Un grand moment….)

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TOLKIEN PARLE DU « SDA » : Un enregistrement de l’auteur retrouvé…

TOLKIEN PARLE DU « SDA » : Un enregistrement  de l’auteur retrouvé…

La saga du Seigneur des Anneaux ( SDA dans la langage des fans ou LOR en anglais ) fait régulièrement parler d’elle. C’est toutefois tellement plus magique lorsque Tolkien, lui-même, en parle… Voici le dernier article paru sur le sujet dans le Huffington Post.

J.R.R. Tolkien explique le sens réel du Seigneur des Anneaux dans un enregistrement récemment retrouvé

Il y a plus de 20 ans, un homme a retrouvé, dans le sous-sol d’une résidence de Rotterdam, un enregistrement perdu de J.R.R. Tolkien, mais il a choisi de garder la bande secrète jusqu’à aujourd’hui. À ce jour, seul cet homme avait entendu les propos de l’auteur contenus sur cet enregistrement. Or, il n’est maintenant plus le seul: je fais partie des quelques citoyens de la Terre du Milieu qui ont eu la chance de l’entendre et je peux affirmer avec un bonheur sans équivoque que cet enregistrement est génial! Pourquoi? Parce qu’on y retrouve la preuve irréfutable que le Professeur Tolkien est bel et bien, comme bon nombre d’entre nous le suspectent, un hobbit. Mieux, on peut y entendre Tolkien lire un poème perdu en langue elfique qu’il traduit pour nous en anglais. Mais le véritable point culminant de cette entrevue, c’est lorsque l’auteur explique en termes sans équivoque la véritable signification des livres du Seigneur des anneaux!

Vous en avez des frissons? Attendez de l’entendre de vos propres oreilles!

Cet enregistrement a été capté le 28 mars 1958 à Rotterdam, lors d’un « Dîner Hobbit » organisé par l’éditeur néerlandais de Tolkien et un libraire. C’est Allen and Unwin, l’éditeur anglais de Tolkien, qui avait payé les frais de l’auteur pour ce voyage très spécial. Si on se fie à sa correspondance, Tolkien était « vachement content » de découvrir que Rotterdam était pleine de gens « intoxiqués aux hobbits ». Tolkien s’est donc présenté dans un auditorium rempli à pleine capacité par 200 fanatiques de hobbits qui voulaient entendre l’auteur et d’autres érudits parler de la Terre du Milieu. Le menu de ce dîner était on ne peut plus Tolkienesque: salade d’oeufs à la Prosper Poiredebeurré, légumes de Baie d’Or et soupe aux champignons du père Maggotte. Une compagnie de tabac néerlandaise avait même fourni des pipes en terre cuite et des blagues de tabac étiquetées Vieux Tobie ou encore Feuille de Langoulet, ce qui a beaucoup plu à Tolkien, fervent amateur de l’art de fumer l’herbe à pipe.

Des récits de cette soirée ont pris forme au fil des ans, mais malheureusement, personne n’a pris la peine de transcrire exactement tout ce que Tolkien a dit. Christopher Tolkien avait probablement préservé quelques-unes des notes de son père pour son discours, car un bref passage légèrement modifié de son allocution lors du Dîner de Hobbits a été utilisé dans la biographie écrite par Humphrey Carpenter. Dieu merci, nous savons maintenant que quelqu’un a enregistré tout l’événement sur ruban magnétique. Ce ruban à bobine a été découvert en 1993 par un hollandais du nom de René van Rossenberg, un expert de Tolkien qui opère un commerce dédié à tout ce qui a trait à la « Midden-aarde » (Terre du Millieu, TolkienShop.com). Mais pourquoi donc van Rossenberg n’a-t-il pas partagé sa découverte avant aujourd’hui?

« Tout comme Smaug, je garde mon trésor et je grogne si d’autres collectionneurs s’approchent de trop près », m’a-t-il récemment répondu après que je lui aie posé la question par email. Heureusement, un expert de la Terre du Milieu nommé Jay Johnstone, qui est également un des fondateurs du site Legendarium.me dédié au fantastique et à la science-fiction, a découvert que van Rossenberg possédait cet enregistrement et l’a persuadé de partager son magot. « J’ai très hâte de partager avec tous les passionnées de Tolkien la joie que j’ai moi-même ressentie lorsque j’ai entendu cet enregistrement pour la première fois pour y entendre le merveilleux discours de Tolkien », concluait van Rossenberg dans son courriel.

Depuis, donc, Legendarium et un autre site Web dédié à Tolkien, MiddleEarthNetwork.com, ont joint leurs forces pour amasser des fonds qui serviront à remastériser l’enregistrement, à le mettre en contexte et à le partager avec le monde entier, cet automne, via le Rotterdam Project. « Toute nouvelle information sur Tolkien est toujours très excitante », se réjouit Tom Shippey, l’auteur du livre J.R.R. Tolkien: Author of the Century, « mais le Rotterdam Project est particulièrement excitant. Imaginez! On parle ici d’un discours de Tolkien, prononcé au cours des premières années de succès du Seigneur des Anneaux, entouré d’amis et d’admirateurs, profitant du moment et parlant tout à fait librement. »

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La photo ci-dessus a été prise le soir du Dîner de Hobbits de Rotterdam, et on y voit Tolkien élégamment vêtu. Sur l’enregistrement, il ne fait aucun doute que Tolkien avait bu une ou deux pintes avant de se retrouver au micro pour s’adresser aux fervents Hollandais présents dans la salle. J’ai eu la chance d’étudier un grand nombre de photos de Tolkien au fil des ans, mais celle-ci est sans aucun doute une de mes préférées. J’adore la façon leste dont sa main droite repose sur sa hanche, son sourire narquois d’orateur habile qui sait très bien comment mettre l’auditoire dans sa petite poche. Voilà le genre d’homme avec qui nous voudrions tous aller écumer les auberges du Comté (ou de Rotterdam, à vrai dire).

Au début de son discours, Tolkien est effectivement très animé et y va de plusieurs blagues comme je ne l’avais jamais entendu faire auparavant. On est loin du professeur d’Oxford ultra sérieux que la plupart de nous connaissons grâce aux rares enregistrements existants. On y entend plutôt Tolkien incarnant Bilbo et citant des passages du chapitre intitulé Une réception depuis longtemps attendue. Il va même jusqu’à faire référence au célèbre 111e anniversaire (eleventy-first birthday), car l’oraison de Tolkien se voulait une parodie du discours d’adieu de Bilbo. La voix de l’auteur est joviale et embellie de son accent bourru et riche, et elle persiste dans notre mémoire telle une chanson à boire de hobbit. C’est que, voyez-vous, dans les mots d’un de ses étudiants, « le professeur avait le don de donner à une salle de conférence un air de taverne. »

Tolkien remercie tous ces « hobbits » pour cette fête comme il n’en a jamais connu auparavant. Il parle ensuite, très humblement, du Seigneur des Anneaux, qualifiant son ouvrage de « pauvre chose, mais au moins elle est mienne ». Il avait du mal à croire que les gens présents dans la salle souhaitaient entendre son autobiographie après le repas, alors il est immédiatement passé aux explications concernant l’élaboration de son imposante oeuvre, expliquant notamment que l’Anneau Unique est un simple mécanisme « qui impose un rapide compte à rebours ». C’est alors qu’il explique en termes très simples ce que signifient réellement ses livres, ce qu’il avait à peine effleuré une seule fois dans une lettre, mais qui est on ne peut plus clair dans ce discours. (Si vous voulez le savoir, il faudra écouter l’enregistrement par vous-même!)

Un peu plus tard, il récite un poème en langue elfique, blaguant au passage que les hobbits sont toujours terrifiés lorsque quelqu’un menace de réciter un poème lors d’une fête. Avant de débuter, il explique que cela fait presque vingt ans, jour pour jour, qu’il a commencé à écrire le Seigneur des Anneaux. Sa voix mélodieuse donne vie au langage imaginaire, à la manière de sinueux caractères mithril argentés qui se gravent dans votre mémoire:

Twenty years have flowed away down the long river 20 années se sont écoulées dans cette longue rivière And never in my life will return for me from the sea Et jamais la mer ne me ramènera à la rivière Ah years in which looking far away I saw ages long past Ah ces années où, le regard tourné vers l’horizon, je pouvais voir des éons When still trees bloomed free in a wide country Quand à perte de vue les arbres fleurissaient en paix And thus now all begins to wither Mais maintenant tout commence à flétrir With the breath of cold-hearted wizards Par la faute du souffle de ces sorciers sans pitié To know things they break them Qui brisent les choses pour mieux les connaitre And their stern lordship they establish Afin d’établir leur règne austère Through fear of death Par la peur de la mort

On sait que Tolkien avait passé l’après-midi à se balader dans les rues de Rotterdam, une ville qui avait énormément souffert de la destructrice Deuxième Guerre mondiale. Ce qu’il a vu l’a attristé et lui a rappelé l' »orc-itude » qui semblait envahir le monde, à ses yeux. Les « sorciers sans pitié », engagés dans une quête effrénée de savoir et de pouvoir, n’avaient de talent que pour la destruction. Ses derniers mots adressés à son auditoire hobbitophile, Tolkien a déclare que Sauron n’est plus, mais que les descendants du haineux Saruman étaient, eux, encore très nombreux. Les hobbits de ce monde n’ont pas d’arme magique pour les combattre, mais, ajoute-t-il dans une déclaration robuste et pleine d’espoir:

« Malgré tout, très chers hobbits, je conclurai avec un toast. À la santé des hobbits, et puissent-ils vivre plus longtemps que les sorciers! »

Ce Dîner de Hobbits de Rotterdam sera le premier et le dernier événement du genre. Tolkien n’a jamais plus participé à ce genre d’événement en son honneur. Heureusement pour nous tous, nous avons désormais une trace de ce qui s’est produit lors de cette soirée mémorable, et de ce que ce grand auteur y a dit. Ainsi, le son de sa voix, tout comme ses écrits, lui survit.

Voici un aperçu du Rotterdam Project. Comme le dit si bien Jay Johnstone, « C’est une chance inouïe de découvrir Tolkien, l’homme, plutôt que Tolkien, l’auteur ».

Noble Smith est l’auteur du livre The Wisdom of the Shire paru chez Thomas Dunne Books/St. Martin’s Press.

 

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L’ANNEAU QUI INSPIRA TOLKIEN ?

L’ANNEAU QUI INSPIRA TOLKIEN ?

Simple spéculation ? Certes..ou pas… Mais l’histoire est jolie, la bague superbe.

The Vyne

Et si c’était lui, l’Unique ? Présenté par National Trust, une sorte de gigantesque musée britannique, cet anneau serait en tout cas un nouveau prétendant au titre à la longue liste des inspirateurs de Tolkien.
En tout cas l’histoire du Vyne Ring, c’est son nom, n’en est pas moins étrange. Car l’inscription, transcrite du latin, donne O Senicianus, puisses tu vivre prospère !, le nom du  même Senicianus apparait dans un manuscrit retrouvé à plusieurs lieux de cela, qui lui, dit Silvianus a perdu un anneau … parmi ceux qui portent le nom de Senicianus, qu’aucun n’ait une longue vie tant que l’anneau ne sera pas au temple de Nodens ….
De quoi laisser libre court à l’imagination. Alors pourquoi pas à celle, déjà féconde, du professeur Tolkien ?

La bague en video : https://www.youtube.com/watch?v=7X80JkIsgOo#t=71

 

Voici un article paru dans le Courrier International.

GRANDE-BRETAGNE IVe siècle – L’anneau qui inspira Tolkien

Comment le vol d’une bague romaine en or serait à l’origine de l’une des œuvres de fiction les plus populaires au monde.
  • | Mark Horton – 16 janvier 2014
La bague romaine exposée à The Vyne. – The National Trust
La bague romaine exposée à The Vyne. – The National Trust Photo The National Trust

Un jour, au IVe siècle de notre ère, un Romain du nom de Silvianus se rend au temple celte dédié à Nodens, dieu de la guérison, situé sur une hauteur dominant la Severn, à Lydney, dans le Gloucestershire. Durant sa visite, peut-être alors qu’il se baigne dans les thermes associés au temple, il se fait dérober sa bague en or. Si nous le savons, c’est grâce à deux tablettes de malédiction retrouvées lors de fouilles dans les ruines du site, au début du XIXe siècle. A en croire le texte de ces tablettes, Silvianus était convaincu que le larcin avait été commis par un certain Senicianus et offrait la moitié de la valeur de la bague à Nodens, qui, en échange, était censé compromettre la santé du coupable.

Les tablettes et de nombreux autres objets découverts au fil des années dans le temple ont pris la poussière dans un musée privé local jusqu’en 1928, date à laquelle deux jeunes archéologues ambitieux, Mortimer Wheeler et son épouse Tessa, ont été invités par le propriétaire, lord Bledisloe, à tenter d’en savoir plus sur le site. Pendant deux étés, les Wheeler travaillent à Lydney et, au cours de leur campagne de fouilles, appellent divers spécialistes en renfort. Deux de ces derniers sont des collègues d’Oxford : R. G. Collingwood, archéologue et philosophe qui s’intéresse aux inscriptions des tablettes, et J. R. R. Tolkien, professeur de littérature anglo-saxonne et celtique, qui s’efforce de détailler les identités des divinités impliquées, en particulier de Nodens, qu’il assimile au dieu celte Nuadha.

Tout cela n’est certes pas nouveau. Mais ces deux années de travail sont essentielles, car c’est en 1928-1929 que Tolkien donne sa forme définitive à Bilbo le Hobbit [publié en 1937 au Royaume-Uni]. Dans quelle mesure est-il influencé par les fouilles, par ses contacts avec les Wheeler et Collingwood ? Tolkien et ce dernier se connaissaient et partageaient le même intérêt pour les contes de fées. Collingwood remercie même Tolkien dans l’introduction de l’un de ses ouvrages sur la Grande-Bretagne romaine : “Mon collègue, le Pr J. R. R. Tolkien, n’a pas ménagé ses efforts pour résoudre des problèmes de philologie celtique.”

La bague volée, quant à elle, n’a pas été retrouvée du vivant de Silvianus, mais en 1786, dans un champ proche de la cité romaine de Calleva Atrebatum, aujourd’hui Silchester, à environ 160 kilomètres à l’est de Lydney. On peut désormais l’admirer dans l’enceinte de The Vyne, un manoir des environs de Basingstoke, dans le Hampshire. C’est un bijou magnifique, à dix côtés, qui se portait au pouce et où sont gravés les mots Seniciane vivas [i]n de[o] (“Senicianus, puisses-tu vivre en Dieu”). L’objet remonte à la même époque que les tablettes de malédiction de Lydney, et son inscription en latin, qui fait référence à son propriétaire chrétien, a été un peu grossièrement rajoutée sur ce qui était au départ un anneau païen décoré d’une représentation d’un buste de Vénus. Il semble donc que Senicianus ait été un chrétien (peut-être d’une famille de voleurs bien connue), qui aurait dérobé la bague dans un temple celte et y aurait fait graver une nouvelle inscription chrétienne avant de la perdre (ou de s’en défaire) à Silchester. On imagine sans peine Collingwood et Tolkien discutant de cette remarquable découverte alors qu’ils traversaient les Cotswolds en voiture pour se rendre sur le champ de fouilles.

En quoi cette histoire d’une bague romaine perdue a-t-elle pu exercer une influence sur le monde de Tolkien ? Silvianus perd sa bague en or à Lydney, Gollum perd son anneau sous les monts Brumeux [où il sera retrouvé par Bilbo le Hobbit]. Silvianus croit que son bijou lui a été volé par quelqu’un dont il connaît le nom, Senicianus, tout comme Gollum pense que son anneau a été subtilisé par Bilbon Sacquet. Et l’un et l’autre, conscients de l’identité de ceux qu’ils considèrent comme des voleurs, les accablent de malédictions.

Il est fort probable que l’antique paysage des environs de Lydney ait pu également inspirer Tolkien. L’association entre vestiges romains et divinités celtiques correspond en tout cas à la vision la plus ancienne qu’il avait de sa propre mythologie. Dans les manuscrits de certaines des premières versions de ses textes, s’étendant de 1918 à 1930, Tolkien décrit les Rúmhoth (les Romains), des envahisseurs qui chassent les Elfes de l’île Solitaire. De plus, les alentours de Lydney sont criblés de tunnels et de grottes, ce qui reste des mines de fer romaines creusées jusque sous le temple, si bien que, au Moyen Age, les ruines de ce dernier avaient la réputation d’être peuplées de nains et de lutins. Lydney a donc pu servir de modèle pour la Terre du Milieu.

Tolkien était un universitaire. Par le biais de ses recherches, il s’est efforcé de déterminer l’étymologie du nom Nodens, invoqué dans la malédiction de Lydney. Sous certains aspects, Gandalf [le magicien] a lui aussi recours à des méthodes de chercheur pour s’assurer que l’anneau retrouvé par Bilbon est bien l’Anneau unique

. Ainsi, il se rend dans l’antique cité de Minas Tirith pour en étudier les archives et se convaincre qu’il s’agit bien du même anneau. [Dans la réalité] le lien entre la bague perdue de Lydney et celle exposée à The Vyne n’a jamais été prouvé de façon incontestable.

Il y a bien des différences entre la bague romaine et l’anneau conçu par Tolkien. Mais on trouve aussi des ressemblances incontournables entre la perte de la bague de Lydney, la malédiction qui s’ensuit, puis la découverte du bijou de The Vyne, et le processus narratif par lequel Tolkien finit par identifier l’Anneau unique : la perte, la malédiction et la redécouverte s’étendent sur plusieurs siècles. Il serait évidemment réducteur de voir dans la bague d’or romaine la seule source à l’origine de l’idée de l’Anneau unique dans l’œuvre de Tolkien. Mais il semble probable que son expérience pratique à Lydney l’ait conforté dans son désir de créer une mythologie authentique sur laquelle il fonderait ses récits, cette mythologie qui confère à Bilbo le Hobbit et au Seigneur des anneaux leur indémodable popularité.

—Mark Horton et Lynn Forest-Hill
Publié en janvier dans History Today (extraits) Londres

 

L’ANNEAU RETROUVé … TRÉSOR – L’anneau qui a inspiré Tolkien existe-t-il vraiment ?

L’ANNEAU RETROUVé … TRÉSOR – L’anneau qui a inspiré Tolkien existe-t-il vraiment ?

Ceci est un anneau, oui, mais pas n’importe lequel. Selon la Fondation Tolkien, il s’agit de l’objet qui a inspiré l’écrivain britannique JRR Tolkien pour Bilbo le Hobbit puis la saga du Seigneur des anneaux, relève The Guardian.

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Le bijou fait partie d’une exposition qui vient d’ouvrir ses portes à The Vyne, un palais situé au sud-ouest de Londres et qui appartient aujourd’hui au National Trust (chargé du patrimoine historique). Selon les historiens, la famille Chute, ancienne propriétaire de ce palais, avait acheté cet anneau à un paysan qui l’avait lui-même découvert en 1785 sur un site de fouilles archéologiques à proximité de Silchester.

Sur cet étrange objet, une sentence en latin est inscrite : « Senicianus vit bien en Dieu ». Un message cryptique s’il en est mais qu’une tablette en pierre découverte quelques années plus tard permettra d’éclairer. Une malédiction y est en effet gravée : « Celui qui porte le nom de Senicianus ne pourra pas bénéficier d’un bon état de santé tant qu’il ne rendra pas l’anneau au temple de Nodens ».

C’est l’archéologue Sir Mortimer Wheeler qui, en 1929, fait le lien entre la tablette et ce bijou étrange de la famille Chute. Il prévient alors JRR Tolkien qui était professeur à Oxford à cette époque. L’histoire veut qu’un Romain appelé Silvianus ait demandé au roi Nodens de punir celui qui a volé son anneau : le fameux Senicianus.

Lynn Forest Hill, de la Fondation Tolkien, confirme au Guardian le fait que l’écrivain s’inspirait de sources littéraires comme les légendes des Nibelungen. « C’est pourquoi il est si fascinant de relier l’anneau de The Vyne et le message gravé sur la malédiction », conclut-elle.

Merci à http://unanime.eu de nous avoir donné cette information

 

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