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UN TRES BON ARTICLE SUR SIR TERRY PRATCHETT ET SON OEUVRE….

UN TRES BON ARTICLE SUR SIR TERRY PRATCHETT ET SON OEUVRE….
Ce n’est ni sur un site « littéraire » pur et dur ni sur un blog dédié à la fantasy que nous avons déniché ce très bon article sur PTerry et son oeuvre, mais sur le site funéraire-info.fr !
Cet article a l’immense avantage de cerner en quelques mots, par exemple, la différence entre la  saga du Disque-Monde et celle du Seigneur des Anneaux…. que les néophytes auraient peut-être tendance à fourrer dans le même sac sous le prétexte que la fantasy c’est la fantasy… Des ouvrages de fantasy des deux côtés, certes, si on n’y regarde pas plus ou que l’on a la vue qui baisse dangereusement… Mais les similarités s’arrêtent là. Alors que Tolkien, linguiste et philologue, raconte  deux choses : une histoire et à travers cette histoire comment se forge une mythologie en en créant une sus nos yeux, Pratchett se veut satiriste de haut niveau clonant notre monde pour le faire revivre revu, corrigé, tordu dans tous les sens….  et tout plat …sur le dos de quatre éléphants perchés sur une tortue géante qui dérive dans l’univers.
pratchett
Le lien vers le site en question : http://www.funeraire-info.fr/terry-pratchett-mort-du-voltaire-de-notre-temps-37753/
Contrairement à ce que préconise l’auteur de l’article lorsqu’il conseille deux (excellents) ouvrages par lesquels commencer à s’introduire dans le Disque-Monde, nous préférons conseiller de lire les ouvrages dans l’ordre dans lequel ils ont été publiés, ne serait-ce qu’en raison de l’ordre d’apparition de personnages récurrents qui est importante. Il n’en reste pas moins que chaque ouvrage étant une histoire complète, libre à tous de les lire dans le désordre, quitte à se perdre un peu dans le labyrinthe. Nous partageons en revanche entièrement l’avis de monsieur Bailly en ce qui concerne l’équipe du Guet (la police de la ville d’Ankh- Morpork), une équipe qui, effectivement, vaut son pesant de cacahouètes !
Quoi qu’il en soit, Monsieur  Guillaume Bailly sait de quoi il parle  et il en parle bien ! IOn sent qu’il aime l’oeuvre entière de Pratchett et de plus maîtrise son Disque-Monde sur le bout des doigts. Ce qui n’est guère le cas de la majeure partie des  auteurs des articles que nous avons lus ces derniers jours  un peu partout….!
Voici un copié.collé de cet article paru sur funeraire-info.fr
Les mages de l'Université et l'Invisible et le Bibliothécaire...
Terry Pratchett, mort du Voltaire de notre temps

Par Guillaume Bailly mar 14, 2015

Sir Terry Pratchett nous a quittés cette semaine, et il est apparu que cet immense écrivain était moins connu en France qu’il ne le méritait. Hommage en forme de présentation posthume.
Terry qui ?
Connu d’un cercle relativement large de fans en France, Terry Pratchett peut sembler, vu d’ici, un écrivain de fantasy certes célèbre, mais cantonné à ce domaine confidentiel. C’est mésestimer la portée de son œuvre : dans le monde anglo-saxon, Terry Pratchett était une star.
En Angleterre, sa patrie, Sir Terry était aussi, voire plus, connu que JK Rowling, l’auteur de Harry Potter. La sortie d’un nouveau livre de Terry Pratchett déclenchait l’équivalent de la couverture médiatique de la sortie en France d’un livre de Michel Houellebecq… Mais tous les six mois, puisque, travailleur acharné, Sir Terry publiait deux livres par an en moyenne.
Sur tous les sujets, d’ailleurs : en dehors de sa série du Disque Monde, quarante volumes, il avait écrit des livres pour enfants, des romans de science-fiction, mais aussi des livres de vulgarisation scientifique, et même un tome sur sa passion des chats.
Cette œuvre considérable lui avait valu l’anoblissement par la reine d’Angleterre, Terry devenant Sir Terry Pratchett.
Très impliqué dans la défense animale, Terry Pratchett n’hésitait pas à donner de sa personne pour défendre les causes qui lui tenaient à cœur. Atteint d’une forme rare de la maladie d’Alzheimer, il plaida en Angleterre pour le droit à mourir : son intervention fit la une des journaux.
Oeuvre littéraire
La différence entre un écrivain de fantasy lambda et un immense écrivain de Fantasy tient un une nuance parfois subtile, la portée de son œuvre. Tolkien, que Terry Pratchett adulait, était et est resté le plus immense écrivain de fantasy, tout simplement parce que son œuvre déborde largement de l’histoire racontée : Le Seigneur des Anneaux n’est pas un récit inspiré de la mythologie, mais une étude sur la façon dont les mythologies se créent.
Et les livres de Sir Terry ne sont pas des livres de fantasy sans ambition : dans sa façon de faire du Disque-Monde un reflet du nôtre, de provoquer une réflexions sur les sujets de société, Pratchett utilise les univers parallèles pour scruter le nôtre. D’autres l’ont fait avant lui : Voltaire, Cervantès…
Très éloigné au final de l’auteur récréatif qu’il pourrait sembler être, Terry Pratchett se verra certainement, au fil du temps, accéder à la stature qui lui revient de droit : celle d’un immense écrivain satiriste.
Par où on commence ?
Avec près de 70 livres abordant des genres très différents, difficile de choisir un livre de Pratchett pour le découvrir. Le choix qui va suivre est totalement subjectif.
Donc, c’est mon avis, et je le précise ici à l’attention des fans qui suggéreraient sans doute d’autres livres, je me permettrai de vous pousser vers deux livres du Disque-Monde, l’immense avantage de cette saga étant d’être constituée de romans indépendants qui n’ont pas à être lus dans l’ordre.
« Le Faucheur » : La Mort (qui est un personnage à part entière dans les livres de Pratchett) a disparu (parce que « la Mort est un mâle, un mâle nécessaire »). Tandis que les morts-vivants apparaissent à tous les coins de rue, dans une ferme, un ouvrier agricole grand et maigre fauche le blé. La Mort est redevenue mortelle, et compte employer au mieux le temps qui lui est imparti.
Peut être le plus mélancolique de la saga, il est question ici du temps qui passe.
La Mort. IL aime les chats.
La Mort. IL aime les chats.
« Le Guet des Orfèvres » : Ca chauffe dans les rues d’Ankh-Morpork. Entre les dragons qui explosent, les meurtres inexpliqués et les feux d’artifice, ça sent le roussi. Le hic, c’est que Sam Vimaire, le chef du Guet, prend sa retraite et se marie avec la richissime Sybil Ramkin. Il doit rendre sa plaque à midi pétante et va avoir besoin d’un petit remontant en voyant ses nouvelles recrues : l’agent Détritus (le troll, très intelligent quand les nuits sont fraîches), l’agent Bourrico (le nain) et l’agent Angua (la belle qui a tout de même un petit air… lupin !) qui viennent grossir les rangs du Guet de nuit pour sa dernière enquête. Celle-ci sera ardue.
Le Guet, à l'époque ou ils n'étaient que quatre
Le Guet, à l’époque ou ils n’étaient que quatre
La série du Guet, une des préférées des fans (il y a des séries dans la série du Disque-Monde mettant en scène des personnages récurrents) est un modèle d’humour burlesque et d’observation fine de la nature humaine. L’intégration, dans ce tome, de femmes et de minorités dans une force de police conservatrice et archaïque vaut son pesant de cacahuètes.
Puis le Guet recruta…
Un ordre de lecture prenant en compte l'ordre d'introduction des personnages
Un ordre de lecture prenant en compte  à la fois l’ordre d’introduction des personnages et une certaine logique.
Et donc ?
Après sa mort, Terry Pratchett entre au panthéon des écrivains, à côté, affirmons-le, de Voltaire, Cervantés, Jonathan Swift… Lire Sir Terry Pratchett n’est plus désormais du domaine de la passion ou du loisir : c’est de la culture générale.
A vous, donc, de vous cultiver.
Guillaume Bailly
Havelock Veterini, le Patricien. Un personnage fascinant.  Très très souvent le chouchou des dames fans de la saga.
Havelock Veterini, le Patricien. Un personnage fascinant. Très très souvent le chouchou des dames fans de la saga.
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UNE NOUVELLE TRADUCTION DU SEIGNEUR DES ANNEAUX…

Le “Seigneur des Anneaux” de Tolkien se rhabille de mots neufs,

par Sophie Bourdais.

Copié/collé d’un article paru dans Télérama. Publié le 23 Février 2015.

Couverture illustrée par Alan Lee de la nouvelle traduction française du roman de J.R.R. Tolkien (à droite, en 1967), Le Seigneur des Anneaux.

Elle procure des émotions proches du texte anglais, en respecte au plus près l’univers et les qualités stylistiques… Vincent Ferré, connu pour ses travaux sur l’œuvre de Tolkien, commente la nouvelle traduction du “Seigneur des Anneaux”.

Après Le Hobbit en 2012, c’est au tour du Seigneur des Anneaux de se rhabiller de mots neufs, grâce à la nouvelle traduction proposée par le Québécois Daniel Lauzon. Les éditions Bourgois ont fait paraître le premier tome cet automne, le deuxième est attendu en 2015, et le troisième et dernier pour 2016. Comme nous l’écrivions dans Télérama mi-janvier, la lecture du premier tome retraduit procure un grand plaisir littéraire : le texte coule comme le Grand Fleuve de Lothlórien, les musiques des dialogues et des poèmes sont finement rendues, et l’on s’habitue vite aux nouveaux noms des personnages et des lieux, choisis selon les directives de l’auteur. Entretien avec Vincent Ferré, professeur de littérature générale et comparée à l’Université Paris Est Créteil, traducteur de Tolkien et directeur de la collection « Le Seigneur des Anneaux » aux éditions Bourgois.

Pourquoi retraduire le Seigneur des Anneaux, et pourquoi maintenant ?
C’est un projet assez ancien. J.R.R. Tolkien est publié par la maison Bourgois depuis 1972. Christian et Dominique Bourgois ont toujours cherché à publier l’intégralité de l’œuvre, en fonction de ce qui était édité du côté anglais par Christopher Tolkien (troisième fils de J.R.R. Tolkien, ndrl), tout en essayant d’améliorer l’existant.

Le Seigneur des Anneaux n’est qu’un exemple des 15 livres de Tolkien qui ont été publiés depuis 2002. En l’occurence, c’est parti du Hobbit. Dominique Bourgois a su qu’il y avait une édition annotée, qui comporte de nombreuses illustrations, des documents, ainsi qu’une introduction factuelle et biographique. Elle a souhaité la publier, et en a profité pour demander une nouvelle traduction à Daniel Lauzon.

Il était également intéressant de prendre en compte notre meilleure connaissance de l’auteur. En 1972, Le Seigneur des Anneaux était une île isolée au milieu de la mer. On a dû attendre cinq ans avant que Christopher Tolkien fasse paraître Le Silmarillion, cinq ans avant de comprendre que toutes les histoires qui constituent l’arrière-plan du Seigneur des Anneaux n’étaient pas un trompe-l’œil, mais des histoires que Tolkien avait réellement écrites.

Toutes les parutions qui ont suivi, en anglais puis en français, ont jeté une lumière différente sur ce qu’était Le Seigneur des Anneaux. Par ailleurs, les appendices n’ont été traduits qu’en 1986, par Tina Jolas. Et l’on sait qu’il y a des décalages avec le texte du roman traduit par Francis Ledoux. Il y en avait déjà entre Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux, où les personnages ne portent pas les mêmes noms. Dominique Bourgois a voulu redonner, en français, la cohérence que les textes ont en anglais, en faisant appel au même traducteur pour Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux.

Enfin, on arrivait en 2014 au soixantième anniversaire de la première publication du Seigneur des Anneaux côté anglais. Pour le célébrer, HarperCollins a publié une nouvelle édition avec un texte débarrassé d’un certain nombre de coquilles, illustré par Alan Lee avec des illustrations re-scannées. C’était le bon moment pour une nouvelle édition française.

De quoi disposait exactement Francis Ledoux quand il a traduit Le Seigneur des anneaux ? A-t-il pu travailler sur d’autres documents que le texte anglais du roman ?
A notre connaissance, non. Francis Ledoux est quelqu’un d’important, il a traduit Charles Dickens, Horace Walpole, Tennesse Williams… Il a traduit Le Hobbit pour les éditions Stock, en 1969, alors que, manifestement, ça n’était pas son univers. Le Hobbit est un récit très léger, imaginé par Tolkien pour ses enfants, et qui ne respecte même pas les principes qu’il a formulés par la suite à propos des contes de fées.

Avec le recul, je pense que Francis Ledoux se plaçait peut-être, dès 1969, dans une logique de légitimation de l’œuvre de Tolkien. On le voit par le choix du vouvoiement systématique, de l’imparfait du subjonctif, qui donnent une sorte de littérarité au texte, et tranchent avec la diversité des registres que l’on observe en anglais entre Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux.

J’ai beaucoup d’admiration pour le travail de Francis Ledoux, qui n’avait pas d’accès à l’arrière-plan du roman, et n’a pas eu connaissance, ou n’a pas tenu compte, du Guide des noms du Seigneur des Anneaux, proposé par Tolkien à l’intention des traducteurs. Tolkien lisait un nombre important de langues vivantes, en plus de toutes les langues anciennes qu’il connaissait, et il était lui-même traducteur du vieil anglais vers l’anglais moderne. Dans ce guide, il précise que des noms tels que Bilbo, Saruman, Frodo, doivent être conservés tels quels, et il explique l’origine de certains noms propres, le jeu avec l’étymologie, la manière dont le traducteur peut rendre l’effet produit sur le lecteur anglais…

Quand j’ai commencé, dans les années 2000, à réfléchir avec Daniel Lauzon aux modifications qu’il aurait été souhaitable d’apporter au texte français – on ne savait pas alors si ça allait être une simple « révision » ou une retraduction –,  on a d’abord cherché comment on pourrait suivre, en français, les indications de Tolkien, qui a fait beaucoup de propositions pour les langues germaniques, nordiques, et moins pour les langues romanes. Et quand Daniel Lauzon a été engagé par les éditions Bourgois pour publier des textes inédits de l’Histoire de la Terre du Milieu, on a réfléchi aux liens et aux échos stylistiques entre les textes plus anciens, comme les Lais du Beleriand, et Le Seigneur des Anneaux.

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Bande-annonce de la version cinématographique du Seigneur des anneaux par de Peter Jackson.

Savez-vous pourquoi Francis Ledoux a été choisi pour traduire Tolkien ?
Je ne sais pas pourquoi c’est lui qui a traduit Le Hobbit en 1969, mais Christian Bourgois s’est tourné naturellement vers lui pour traduire le Seigneur des Anneaux.

Et qu’est-ce qui a déterminé le choix de Daniel Lauzon ?
Une grande partie de mon travail pour les éditions Bourgois depuis 2002, d’abord comme conseiller puis comme directeur de collection, a été de trouver des traducteurs ayant le profil adéquat pour traduire les textes de Tolkien. Deux profils ont émergé. Le premier est celui de Christine Laferrière, professeure d’anglais en région parisienne, qui a une formation très forte en linguistique, et un goût très prononcé pour les langues, qui s’est manifesté lorsqu’elle a traduit Les Monstres et les Critiques, le recueil d’essais sur la littérature et la littérature médiévale écrits par Tolkien au cours de sa carrière.

Daniel Lauzon, lui, a surgi lors de discussions sur des sites francophones autour de Tolkien. En France, l’affirmation de Tolkien comme un écrivain « classique » est associée à la diffusion d’Internet à la fin des années 90. A ce moment sont apparus des sites en français consacrés à son œuvre, comme jrrvf.com, tolkiendil.com, elbakin.net, toujours actifs. Daniel Lauzon y a montré très vite une connaissance et une compréhension stylistique de l’œuvre absolument exceptionnelles.

Il terminait ses études comme traducteur à Montréal. Nous avons commencé à travailler sur ce qui n’était au début qu’une réflexion autour de la traduction française du Seigneur des Anneaux. Puis les éditions Bourgois lui ont confié une partie du volume 3 de l’Histoire de la Terre du Milieu, les Lais du Beleriand, et son travail a été tellement concluant qu’on lui a confié les volumes 4 et 5. Il s’est imposé comme le traducteur connaissant le mieux la fiction de Tolkien liée à la Terre du Milieu.

Une carte de la Terre du milieu.

Quelles sont, selon vous, les principales qualités de la nouvelle traduction ?
Je vais essayer d’être aussi objectif que possible ! Pour moi, c’est sa qualité stylistique, sa fluidité, la recherche d’une traduction au plus près de l’anglais et des variations de styles et de registres, aussi bien dans la narration que dans les dialogues. Tolkien a fait très attention à la manière de parler de chaque personnage, pour les caractériser. Sam ne parle pas comme Frodo, ni comme Gandalf, et Daniel Lauzon a essayé de rendre ces particularités. Il a également le souci des nuances dans les descriptions, les ambiances et les atmosphères.

Je n’avais pas été aussi sensible, dans la traduction de Francis Ledoux, au chapitre qui se déroule en Lórien chez Galadriel. Là, j’ai retrouvé des émotions proches de celles que véhicule le texte anglais. Enfin, il y a une cinquantaine de poèmes et de chansons dans le Seigneur des anneaux, et Daniel Lauzon nous fait entendre, en essayant de suivre un certain nombre de contraintes poétiques et prosodiques, ce qu’on a souvent oublié : que Tolkien a d’abord été poète. Il a commencé à écrire des poèmes en 1910-1911, il a même proposé en 1916 un volume poétique à un éditeur, qui ne l’a pas retenu. Certains poèmes sont ensuite passés dans le Seigneur des Anneaux. Dans la nouvelle traduction, on entend vraiment la manière dont chaque poème caractérise les personnages et les peuples. La Chanson du bain des Hobbits n’est pas la même chose que le chant de déploration des Rohirrim !

Après, c’est le lecteur qui choisit. Les réactions ont été bonnes, voire très bonnes de la part de lecteurs qui disent avoir l’impression d’être dans un lieu familier, mais d’y voyager un peu autrement. Sur les noms, il y a des discussions, notamment avec des lecteurs très anciens de Tolkien qui s’étaient fait leur idée ; on essaie d’expliquer la démarche de Daniel Lauzon, la manière dont il a suivi les indications de Tolkien. Et de faire comprendre qu’une traduction n’est qu’une proposition, une manière d’approcher le texte anglais.

On trouve effectivement de vives discussions sur Internet au sujet de la transformation de la forêt de Mirkwood, ex-Forêt Noire chez Francis Ledoux, qui devient la Forêt de Grand’Peur
C’est un bon exemple des choix faits par Daniel Lauzon pour éviter de « sortir » de l’univers tolkienien. Francis Ledoux n’avait pas connaissance de l’importance extrême accordée par Tolkien à la cohérence de son monde. Dans la traduction de 1972, on trouve des expressions qui nous font quitter la Terre du Milieu, des références à la « file indienne », à « un cousin à la mode de Bretagne », ou encore à Dieu. Ce sont des moments où le lecteur est renvoyé à sa réalité, alors que l’auteur souhaitait que pendant un certain temps, on suspende un peu notre incrédulité, et qu’on s’immerge dans la fiction.

Daniel Lauzon a donc évité de reprendre « Forêt Noire » parce que, dans le meilleur des cas, l’expression rappelle une zone géographique en Allemagne, et, dans le pire des cas, un dessert ! C’est le nom sur lequel il y a eu le plus de discussions. Mais c’est aussi la liberté du traducteur. Le document sur les noms propres qui nous a servi de base pour les discussions fait 40 pages, et on a discuté chaque nom avec des spécialistes francophones et anglophones des langues chez Tolkien, pour donner un maximum d’éléments d’information et d’érudition à Daniel Lauzon. C’est lui qui arbitrait et trouvait l’équilibre.

La nouvelle édition répare-t-elle des contresens ?
Les contresens de la traduction de 1972 sont le plus souvent liés au fait que Francis Ledoux n’avait pas tous les éléments qui lui auraient permis de trancher. L’exemple le plus célèbre demeure, dans le prologue, la référence à la « mort » d’Elrond et de Galadriel. Francis Ledoux avait affaire au terme departure, qui, à d’autres moments, signifie effectivement « mort », comme dans le cas de Boromir. Sauf que le Silmarillion, cinq années après la publication en français du Seigneur des Anneaux, nous a appris que les Elfes sont immortels… C’est le genre de chose qu’on a pu revoir.

La traduction de Ledoux est très belle, ses descriptions de paysages en particulier, mais il y a des éléments qu’il n’aurait sans doute pas retenu s’il avait eu une connaissance plus précise du monde de Tolkien. On progresse, on avance. J’ai eu le plaisir de rencontrer André Markowicz dès les années 90, quand il retraduisait Dostoïevski ; pour lui, les traductions sont marquées par le temps, et de temps à autre il faut reproposer des traductions. C’est quelque chose qui est resté imprimé dans ma mémoire. Plus de 40 ans après la première traduction du Seigneur des Anneaux, il était temps d’en proposer une autre.

Est-il question de rafraîchir aussi Le Silmarillion ?
Dans l’absolu, les données sont pratiquement les mêmes, Le Silmarillion a été publié en 1978 en français, on dispose d’une masse de connaissances nouvelles ; ce texte a été le plus difficile à traduire, donc peut-être qu’à terme ce sera envisageable. Mais je n’ai jamais posé la question à Dominique Bourgois, parce qu’on a déjà une liste tellement importante de choses à éditer !

Dominique Bourgois a notamment fait traduire la biographie de John Garth, Tolkien et la grande guerre (sortie en mars 2014, ndrl), pour réinscrire Tolkien dans le XXe siècle. Les dernières pages sur l’articulation entre la Première Guerre mondiale et la naissance des textes légendaires et mythologiques de Tolkien sont passionnantes. Et c’est aussi une manière de proposer un autre regard que celui d’Humphrey Carpenter dans sa biographie des années 70, la plus connue, qui est intéressante mais présente le personnage comme quelqu’un qui aurait eu une vie un peu monotone.

Alors que, pour moi, J.R.R. Tolkien évoque Umberto Eco. Quelqu’un qui est à la fois un puits de science, qui marque profondément sa discipline, et dont une partie du savoir passe dans la fiction, la création ; et aussi un homme extrêmement charismatique, président de nombreuses associations pendant ses études, capable d’arriver avec un conte au lieu d’une conférence quand on l’invitait à venir prononcer une communication…

Que diriez-vous à quelqu’un qui n’a vu que les adaptations filmées de Peter Jackson, qu’il aura appréciées ou pas, pour l’inciter à découvrir les livres ?
Je voudrais d’abord souligner la diversité du lectorat de Tolkien. Une des choses que j’ai préférées, ces dix dernières années, a été de rencontrer les lecteurs – une cinquantaine de fois. A chaque fois, je suis surpris du décalage entre le lectorat qui se manifeste sur Internet et les réseaux sociaux, plutôt jeune, de 15 à 25 ans, et ce lectorat silencieux avec l’on discute aussi dans les médiathèques ou au Salon du livre, et qui a entre 40 et 90 ans. Certains sont lecteurs de Tolkien depuis des années, d’autres y sont amenés par leurs enfants ou leur petits-enfants, et chacun a « son » Tolkien, sa vision, son texte préféré… Certains lecteurs aiment en particulier ses lettres, et ne lisent rien d’autre !

A quelqu’un qui n’aurait vu que les films, je dirais déjà que l’œuvre de Tolkien ne s’arrête pas au Seigneur des Anneaux et au Hobbit, et je lui conseillerai d’aller en bibliothèque ou en librairie pour constater la diversité des textes disponibles, les feuilleter, et voir ce qui peut lui convenir le mieux. Les Enfants de Húrin, parus en France en 2008, ont été un succès considérable, notamment parce que des lecteurs qui n’avaient jamais ouvert Tolkien ont lu plus facilement un roman de 200 pages, extrêmement épuré et condensé, que le long et sinueux Seigneur des Anneaux. De lui-même, ce spectateur des films se rendra compte que les films n’étaient qu’une transposition, qu’une mise en images. En France, je crois que tout le monde a bien saisi l’écart important entre les films et le texte-source.

 

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TOLKIEN ET LA MAISON DE BILBO…

TOLKIEN ET LA MAISON DE BILBO…

Passer le week-end chez Bilbo est l’un de vos rêves ? Cela est désormais possible.  Une confortable maison de Hobbits construite sur le Domaine de la Pierre Ronde ( 25 hectares de nature), près de Dijon, dans le Morvan, vous accueille :  domainedelapierreronde.com 

Un séjour qui devrait s’inscrire au programme des réjouissances  pour les grands fans de la trilogie du Seigneur des Anneaux et de l’ouvrage consacré à Bilbo le Hobbit. Une fois à l’intérieur, vous pourrez imaginer que vous avez trouvé une porte magique pour entrer dans le livre ou dans le film…ou les deux…

 

(Au passage vous découvrirez un site kitchissime tout droit venu des années 90  et la musique vous…. étonnera !  Un grand moment….)

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L’ANNEAU RETROUVé … TRÉSOR – L’anneau qui a inspiré Tolkien existe-t-il vraiment ?

L’ANNEAU RETROUVé … TRÉSOR – L’anneau qui a inspiré Tolkien existe-t-il vraiment ?

Ceci est un anneau, oui, mais pas n’importe lequel. Selon la Fondation Tolkien, il s’agit de l’objet qui a inspiré l’écrivain britannique JRR Tolkien pour Bilbo le Hobbit puis la saga du Seigneur des anneaux, relève The Guardian.

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Le bijou fait partie d’une exposition qui vient d’ouvrir ses portes à The Vyne, un palais situé au sud-ouest de Londres et qui appartient aujourd’hui au National Trust (chargé du patrimoine historique). Selon les historiens, la famille Chute, ancienne propriétaire de ce palais, avait acheté cet anneau à un paysan qui l’avait lui-même découvert en 1785 sur un site de fouilles archéologiques à proximité de Silchester.

Sur cet étrange objet, une sentence en latin est inscrite : « Senicianus vit bien en Dieu ». Un message cryptique s’il en est mais qu’une tablette en pierre découverte quelques années plus tard permettra d’éclairer. Une malédiction y est en effet gravée : « Celui qui porte le nom de Senicianus ne pourra pas bénéficier d’un bon état de santé tant qu’il ne rendra pas l’anneau au temple de Nodens ».

C’est l’archéologue Sir Mortimer Wheeler qui, en 1929, fait le lien entre la tablette et ce bijou étrange de la famille Chute. Il prévient alors JRR Tolkien qui était professeur à Oxford à cette époque. L’histoire veut qu’un Romain appelé Silvianus ait demandé au roi Nodens de punir celui qui a volé son anneau : le fameux Senicianus.

Lynn Forest Hill, de la Fondation Tolkien, confirme au Guardian le fait que l’écrivain s’inspirait de sources littéraires comme les légendes des Nibelungen. « C’est pourquoi il est si fascinant de relier l’anneau de The Vyne et le message gravé sur la malédiction », conclut-elle.

Merci à http://unanime.eu de nous avoir donné cette information

 

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